C’était vendredi… Ce n’ est pas possible… Pourtant il faisait si beau. Je profitais du calme et de la chaleur du soleil sur ma peau. J’ étais si bien. J’ avais les pieds dans la promesse de l’ été qu’ il me tardait de défricher… J’ avais donné les sueurs de mes espoirs pour essayer de trouver le métier qui allait aider à me réaliser… J’ avais tant bûché, approchait le temps de me reposer…
Les vendredi quand on a 15 ans, ça vaut les couleurs qu’ on porte au corps pour mieux distinguer celles qui sont au-dedans… Ca vous donne des airs d’ immensité dans une marre d’ infinies possibilités, ça vous promet l’ avant et l’ après de celui ou celle qui, tout en étant qu’ un rêve, un modèle, peaufine le projet qui sera un peu de vous, demain. Les vendredi, ça vous inculque aussi la reconnaissance d’ avoir connu la souffrance sans la déchéance… Ça vous fait voir le blanc dans le gris…
Les vendredi, ça vaut les bourgeons qui n’ ont pas éclos, ceux là qui narguent l’ hiver de n’ avoir su les mettre en terre… Ça vaut le bourdonnement des abeilles qui redonnent vie à un vide que le froid avait envahi. Et ces autres bourdonnements ? Qu’ en est-il du vacarme incessant et effréné du mal glaçant sous mes tympans ?
Il y a des vendredi où, malgré le soleil qui nous attendrit, nos visage se glacent sous des lacs de pluie…
Le monde tourne vite après ces vendredis là, il y a les sirènes, des gens inquiets, ceux-qui font comme-ci parce que trop lourd d’ admettre qu’ à 15 ans, on étendra plus nos ailes face à la vie… Ç’est ce qu’ ils ont dit à l’ hôpital quand le coma a prit possession de ma voile, de mon mat. Il y avait les séquelles à envisager aussi, tant de non-dits, d’ incertitudes… Il y avait maman aussi, dans les bras d’ un papa déconfit face à la tragédie… Un ACV, c’est mesquin, surtout quand ca te soutire une fille qui n’ était même pas en âge de conduire…
C’était Dimanche quand ils ont dit que ce même vendredi j’ avais puisé dans ce qu’ il me restait de réserves pour mener à terme mon voyage… Dimanche leur a t’ on dit, les vendredi équivaudraient à jamais à des lacs de pluie…
Alors, si aujourd’hui vous parlez de moi en ne sachant dire : ”Est-ce qu’ elle a” ou ”Est-ce qu’ elle avait”…. Sachez que votre inconfort je vous le comprends bien, sachez que vous me manquez et que, quelquepart, je cherche des réponses face à vos larmes, face à vos doutes aussi.. Sachez que je suis là, juste à côté, à vous prendre la main pour franchir l’ été…
Pour mon ami Oli, qui a perdu sa cousine dans de déplorables circonstances… Je t’aime fort, prends soin! Je t’accompagne, promis

