Parce qu’ on est tous humains.
Parce qu’ on a besoin de se relier…
Parce que certaines personnes ont cette lueur au fond des yeux, d’ avoir su être, devenir…
…malgré.
Voici le texte d’ une copine…
Dans ses mots à elle…
La place est pour toi ma jolie… VIS! xxx.
Bien que huit années séparent la jeune femme que je suis aujourd’hui de l’enfant que j’étais alors que tu m’enseignais, je n’ai rien perdu de la plume et de la vivacité d’esprit dont tu m’ as tant louangée. Je n’ai pas eu la chance de te regarder dans les yeux pour te dire ce qui suivra, mais je crois, que par l’encre et le papier, j’arriverai à te faire ressentir toutes les larmes qui ont mouillé mes joues, toute la rage que j’ai eu au cœur pendant presqu’une décennie, et toute la peur que j’eus, jadis, de parler et d’être.
Parce qu’en tant qu’enfant, on peut éprouver un certain malaise dans une quelconque situation, on peut différencier le bien du mal. Moi j’ai su, j’ai oublié, puis je me suis souvenue. Tu veux que je te raconte comment tout s’est déroulé ? Je n’ai rien oublié; je veux que tu vois, toi aussi. Joue au spectateur, je serai la conteuse.
C’était en août 2000. J’étais rendue une grande de cinquième année. Ceux qu’on regarde avec envie en première. Il faisait encore chaud, ça sentait le début de l’année. Tu connais cette odeur là, c’est la même qu’en juin. Le plancher ciré, les cahiers neufs et le windex. J’adorais l’école, j’étais une curieuse de nature, une fouine. Je suis entrée dans le local 501, un peu nerveuse à l’idée de tout recommencer, encore une fois, de voir qui seraient mes compagnons pour l’année à venir. L’accuité des souvenirs que j’ai de cette première journée en ta compagnie est impressionnante. Je me souviens de tout; de l’emplacement des bureaux à l’ombrage que créaient les deux arbres derrière les fenêtres de la classe. J’étais assise face à ton gros bureau brun de professeur. Tu nous as dit bonjour, puis tu t’es présenté.
Le tata, 52 ans, provenant d’une grosse famille de la région de Québec, très croyant, pratiquant, spirituel, et enseignant depuis plusieurs années. Tu semblais très intéressant, voire attachant. Tu as parlé de beaucoup de choses, très longtemps. De ce que Dieu t’avais apporté, de ce qu’il t’avais fait découvrir, de la passion que tu avais pour l’enseignement… Je dois avouer que la suite m’échappe un peu, mais tu en es venu à nous parler de pédophilie. Que ce n’était pas correct, mais que, de nos jours, c’était plutôt courant. Puis tu as dit : « Moi, ça m’arrive souvent d’accrocher des p’tites filles dans les parties intimes, mais j’m’excuse toujours. » Tu as dit ça exactement comme ça. Pourquoi ça m’a marquée, pourquoi je m’en suis rappellé six ans plus tard dans un cours d’éthique et culture religieuse ? Je ne sais pas. Comme je te l’ai écrit plus tôt, je me souviens de tout.
Septembre a passé comme l’éclair. J’aimais la façon dont tu partageais ton savoir, le temps passait rapidement à l’école. Tes parents sont décédés en octobre, si je ne m’abuse. Tu as été absent pendant quelques semaines, pour revenir vers la fin du mois d’octobre. C’est à partir de là que je t’en ai voulu, que je t’en veux encore, pour être honnête.
Aurais-je tort de prétendre que j’étais ta chouchou ? J’avais un accès presqu’illimité à la classe, quand j’en avais envie. Tu m’offrais de rester aux récréations et sur l’heure du midi pour jouer à l’ordinateur. J’avais même le privilège suprême de laver le grand tableau à la fin de la journée. Tu me gardais toujours près de toi. Quand tu organisais des concours de dessins, je gagnais. À l’heure de l’improvisation, je gagnais. J’avais tout ce que tu voulais me donner. À un certain point, j’en étais profondément mal à l’aise. Peut être, toutefois, avais-je réellement du talent, peut être…
Puis, tu te rappelles de novembre ? Cherche…
Novembre est froid, pluvieux, triste. C’est ce que je retiens de novembre. Quand il arrive, je me terre dans un coin jusqu’en mars. Tu te rappelles de novembre ? Moi si; il n’a pas fait exception à la règle.
Je revenais de je ne sais trop où. J’étais au troisième étage, en direction de ta classe. Tu te souviens de ce corridor ? Sur la gauche, il y avait cinq ou six casiers. À la droite, l’escalier menant au deuxième. C’était très étroit et sombre à cet endroit. Les néons ne produisaient pas un éclairage optimal en novembre. Je marchais, donc. Puis tu es apparu de quelque part, sans doute. Tu marchais en ma direction.
Tu veux savoir ce que j’ai vu dans mes jeunes yeux ? Tu veux savoir ce que mon petit corps a ressenti ? Tu veux savoir ce qui s’est passé dans ma tête à ce moment ? Je te l’offre.
Tu ne m’as pas saluée. Tu ne m’as pas regardée. Mais rendu à ma hauteur, tu m’as attirée contre toi et tu as placé ta main entre mes cuisses. Entre les cuisses d’une enfant. Tu as pris deux de tes doigts que tu as forcés à travers mon pantalon. Tu voulais les entrer en moi, n’est-ce pas ? Dans une enfant, c’est ça ? Tu as forcé, forcé, jusqu’à ce que j’aie mal, parce que j’avais mal, oui. Tu t’es retiré et tu es parti. J’ai eu du mal à marcher. Je me suis arrêtée.
« Il s’est pas excusé.»
Tu comprends ?
J’ai fais le lien. Mais j’avais dix ans. J’ai osé penser que tu étais peut être pédophile. C’était ça, non, la pédophilie ? La définition que tu en avais fait et tout… Je me suis traitée de folle. J’avais dix ans, je me suis traitée de folle. Tu ne pouvais pas être pédophile, tout le monde t’adorait ! Moi aussi, d’ailleurs. Sauf qu’à ce moment, j’ai commencé à angoisser face à l’école. Tu ne m’as pas aidée, pour être franche. D’abord, il y a eu le clavardage sur l’heure du midi avec des étrangers sur internet. Tu trouvais ça bien drôle qu’un homme dans la trentaine face des avances sexuelles à une enfant. Tu te souviens ? Kevin, Jason, Diana, Amélie et James. Tu nous avais inscrit sur un site de clavardage et tu nous regardais faire. Tu as poussé l’audace jusqu’à faire signer une lettre à ma mère pour te donner l’autorisation de me faire rester en classe sur l’heure du midi pour me pratiquer à l’ordinateur. Félicitations.
Tu te souviens des cours de sexualité ? Combien de fois tu nous les as présentés comme des cadeaux ? ” Si vous n’êtes pas sages, vous n’aurez pas de cours de sexualité. M’ dérange pas, moi, j’enseigne pas à des bébés” Tu nous as donné un papier, à chaque élève. Tu nous as obligé à poser des questions. Tu les lisais à l’avant, celles qui n’ étaient pas assez explicites, tu les jetais. Je t’ai même dis : «J’en ai pas de questions, moi !» Tu m’as répondu, que tout le monde avait des questions et qu’on était obligés d’en poser une. J’avais pas besoin, à dix ans, de savoir ce qu’était une fellation.
Chaque fois que tu m’approchais, je me crispais toute entière. Quand tu passais tes mains sur mes épaules, dans mes cheveux, j’arrêtais de respirer, de parler, mon cœur faisait un bond. Le traumatisme de la victime face à son agresseur, c’est ça ?
Après le voyage de fin d’année à Québec, j’ai commencé à souffrir d’un trouble psychologique étrange. J’ai cherché de l’âge de dix ans à quinze ans ce dont il pouvait s’agir. J’ai consulté un psychologue durant 7 ans (une rencontre chaque mois pour 70$ = 5880$) pour mettre le doigt sur mes problèmes, un à un. On m’a prescrit des anti-dépresseurs, que je prend depuis maintenant deux ans (une bouteille de prozac par mois durant deux ans = 1000$). J’ai fais trois dépressions et une tentative de suicide. Tu veux savoir de quoi j’étais atteinte ?
° D’un trouble obsessif-compulsif s’étant déclenché suite à un traumatisme durant l’enfance.
° D’attaques de panique récurrentes.
° De crises d’angoisses sévères.
° D’une peur incontrôlable de l’école.
J’ai parlé pour la première fois en novembre 2007. J’ai réalisé le mal que tu m’avais fait en 2006 lors d’une visite du C.A.L.A.C.S. (Centre d’Aide et de Lutte contre les Agressions à Caractère Sexuel). Il s’est donc écoulé une autre année entre ce moment et la date où j’ai tout dit, le 16 novembre 2007. Dans un cours d’anglais, après un exposé oral, si tu veux tout savoir. Je l’ai annoncé à ma mère environ deux semaines plus tard. Je lui ai pleuré dans les bras pendant des heures. Je ne l’ai pas dit à mon père, je ne savais que trop bien qu’il serait parti à Québec en furie, et le mot est faible. Ma mère s’en est chargé et l’a retenu. Tu m’as fait pleurer. Tu as fait pleurer mes tantes, mes cousines, ma sœur. Tu t’en souviens, de ma sœur ? Mon père t’aurais tué, mon frère te détestait. Ils t’ont tous fait confiance et tu en as profité. Ma famille entière m’appuyait. Et pourtant…
En février, j’hésitais toujours à porter plainte à la police. Mes parents nous ont offert des vacances à Punta Cana, du 10 au 17 février. J’ai porté plainte le neuf. J’ai passé une semaine de rêve, loin de ma tête. À mon retour, j’ai reçu un appel de l’enquêteur qui me disait que le procureur de la couronne avait rejeté ma requête et que l’entrevue que tu devais avoir avec lui était, du même coup, annulée. Tu as eu peur, n’est-ce pas ? Pourquoi faire le trajet de Québec à XXX simplement pour te proclamer innocent, quand eux, seraient allés te rejoindre ?
Mon anxiété, je la sens dans ma tête à chaque minute. Je doute à chaque seconde. À l’école, j’ai un taux d’absentéisme assez impressionnant depuis mon secondaire quatre. Mais tu sais ce qui me rend fière ? Je me sais intelligente. Malgré tout. J’ai toujours gardé une moyenne scolaire aux alentours de 85%. 98% en anglais. 92% en français. 90% en histoire de l’art. J’ai lu Freud, Socrate, Camus et Proust. J’ai étudié Le Bernin, MichelAngelo, Duchamp et Magritte. Mes professeurs me disent que j’ai du potentiel. Ils aiment mes dissertations, eux aussi. Je vais étudier à l’université en communications, branche publicité et relations publiques. J’apprend tranquillement à vivre avec une nouvelle moi, qui vit chaque jour comme s’il s’agissait du dernier. J’ai appris à ne plus me censurer, à exprimer qui je suis et ce que je ressens, soit par l’art, l’écriture, le théâtre, et maintenant la parole… Et moi qui n’a jamais été capable d’approcher un garçon, voilà maintenant que j’essaie de mon mieux de lui accorder toute la confiance qu’aucun homme n’a eu de moi. J’ai des passions et des buts. Je n’ai pas oublié. Et chaque fois où j’entend parler d’un pédophile, je tends l’oreille. Quand j’entendrai parler de toi, je jure que je serai la première au front. Je sais qu’il y en a eu d’autres, j’attend. Et si elles n’arrivent jamais, ce n’est pas grave. Parce que toi, tu sais. Toi, tu vivras chaque jour dans la peur que l’une d’elles se manifeste, encore. Tu auras peur de perdre ton équilibre, de te faire sortir de force de cette jeune retraite. Je ne t’aurais pas souhaité la prison ou la mort. Ta tête est capable elle-même, de te faire justice.
Maline
*EDIT : Pour tous ceux qui ont envie de communiquer avec Maline, une nouvelle adresse a été créé spécifiquement à cet effet… La voici : maline_199@hotmail.com…
J’ t’ adore cocotte, tu sais où me trouver, si y’ a quoi que ce soit

Je lis ce billet depuis 8h ce matin, par morceaux…. d’abord parce que chaque paragraphe déclenche une image… tantôt de douceur face à l’enfant qui se décrit si bien… tantôt de répugnance face à l’acte pédophile de cet adulte….
Cette lettre est bouleversante. Elle me met dans une position de maman qui imagine douloureusement sa propre fille dans la même situation… qui a envie d’hurler… de foncer castrer cet homme qui n’est qu’un monstre…
Tant d’années de souffrance et de silence… de thérapie… vous avez le courage d’en parler… bravo….
J’espère que vous aurez une belle vie. Vous le méritez. Votre intelligence et votre instinct de survie vous ont sauvé…
Cet homme ne sera donc pas puni pour ses actes????
J’espère qu’il souffre, dans sa tête de malade….
Je vous embrasse et je vous souhaite plein de bonnes choses pour l’avenir….
Affecteusement…
Véronique.
Vraiment touchant comme texte. J’avoue que ça un peut fait décollé ma journée sur un “feeling” étrange. Tout ce que j’espère, c’est que ce texte fasse le tour de la planète… Que ce soit pour inciter les victimes à parler pour essayer de faire comprendre à ces être crapuleux tout le mal qu’ils peuvent faire endurer.
Je suis étonné de voir par contre que la plainte n’a pas portée fruit et j’espère que s’il à fait d’autre victimes (et à lire le texte, il est facilement envisageable que c’est le cas), que celles-ci s’unissent pour que cet individu (qui est en contact avec des jeunes et en qui le monde ont confiance) ne recommence plus !
Bon courage Maline…
Maline de mon coeur,
je serai à tes côtés quand tu décideras de lui remettre cette lettre. J’espère du fond du coeur que ce mot l’empêchera de dormir pour le reste de sa vie, rongé par la peur qu’une autre victime sorte de l’ombre. Tu as ma parole, on va les trouver et espérons qu’il passe un moment dans des lieux sombres, où peut-être, un autre homme attentionné s’occupera de lui avec autant de délicatesse qu’il à eu envers toi… il doit être jugé et punis. C’est pas comme si il s’agissait d’un simple écart de conduite, c’est une déviation, voir un dérèglement de la conscience. J’ai mal au coeur.
Je t’adore Maline je suis avec toi.
n.b. Avis aux intéréssés, Les Sept Jours du Talion par Patrick Sénécal (Lévis : Alire, Romans 059, 2002). J’approuve et j’aurais fais exactement la même chose.
Maline,
Ton texte est d’une beauté déchirante…Ta plume communique la grande intelligence que tu as. Sans te connaître, sache que mon respect et ma force t’accompagnent.
Puisque Mandoline a publié ton texte, je me permettrai de le faire lire à ma fille et ses ami(e)s.
Courage, et sois heureuse, fière et libre.
xox
Je ne sais jamais quoi dire dans des situations comme celles-là, je ne dirai donc rien, si ce n’est que mes pensées vont vers toi, Maline.
@ Tous : Merci du passage, elle l’ apprécie grandement
xx
Merci tout le monde ça me touche beaucoup… J’avais besoin de faire le “move”… De se faire dire par les enquêteurs que notre cause n’est pas assez importante est très déstabilisant. Merci de votre support il m’est d’une très grande aide !
Maline xxx
Chapeau! J’admire le courage, l’intelligence et l’humanité qui transparaît dans ce témoignage.
J’espère que ton exemple, Maline, va servir et que plusieur personnes vont gagner la force de sortir de l’ombre et de parler pour se faire justice, pour retrouver la paix.
La honte n’appartient pas à la victime, mais à l’agresseur qui s’en décharge trop souvent et trop longtemps.
Ma p’tite chouette..T’es présentement assise à côté de moi…Tu sais déjà c’que j’pense de ce détraqué et sache que je suis très heureuse (un peu contradictoire…:P) que tu aies été capable de me sortir le méchant durant le merveilleurx cours d’Evil Lyne! Je t’aime ma chouette et je te l’ai déjà dit…Je serai toujours là pour toi
cOcO ou mAdaMe mOucHe xxxxx
Ma belle, ça fait déjà des années qu’on se connait et on en a vécu des trucs ensemble…savoir ce qui t’était arrivée l’an dernier ça m’a boulversée…je crois que je suis un peu protectrice je voudrais que tout soit toujours bien pour toi…je tiens tellement à toi ma chouette, mais s’il y a une chose que j’ai réalisé en te voyant porter plainte et tout c’est ton immense courage et je t’avouerais qu’Il m’a remplit d’admiration pour toi.Je t’admire, mais surtout peu importe ce qui va arriver..aujourd’hui..demain ou dans plusieurs années oublie pas que je vais être là…Je t’adores ma puce! xxxxxxxxxxxxx
Waouw… Evidemment que tu es intelligente, ça se sent dans tout ce texte.
Et pas seulement de cette intelligence froide et implacable. Non, une vraie intelligence qui recouvre tous les domaines de ta personnalité.
Tu as beaucoup de courage, tu as tellement de mérite d’avoir réussi à continuer.
Pas besoin de dire la haine que suscite chez moi ce type…
Bravo d’être devenue celle que tu es, et continue d’avancer.
Et merci à Mandoline d’avoir partagé ça.
J’ai été très touché par ton texte Maline. Je te félicite de prendre la parole et d’en parler. Même si la justice à refuser de continuer, il est important de continuer à prendre ta place et d’exprimer ce que tu ressens. Parce qu’en parler fais du bien, nous libère. Tout en faisant du bien, cela peut rejoindre d’autres personnes qui ont leur secret à livrer.
Reste toi-même et continue de partager ce qui te fais du bien pour toi.
Bonne continuité.